Les mesures amiables : restructurer discrètement sans procédure judiciaire formelle

Votre entreprise accumule des retards de paiement. Quelques créanciers commencent à s’impatienter. Mais vous n’en êtes pas encore au point de ne plus pouvoir payer et surtout, vous tenez absolument à restructurer votre entreprise de manière discrète.

Les mesures amiables prévues par le Livre XX du Code de droit économique sont faites pour cette situation. Elles permettent de restructurer vos obligations financières de manière entièrement confidentielle, sans audience publique, sans publication au Moniteur belge.


Qu’est-ce que les mesures amiables en insolvabilité ?

Les mesures amiables sont des mécanismes de restructuration préventive, accessibles avant même que l’entreprise soit en état de cessation de paiements. Elles ont été renforcées et clarifiées par la loi du 7 juin 2023, transposant la Directive européenne 2019/1023 sur les cadres de restructuration préventive.

Contrairement à la PRJ publique, elles ne déclenchent pas de procédure judiciaire formelle au sens traditionnel du terme. Elles relèvent d’une logique de négociation assistée, sous supervision judiciaire discrète.

Trois outils distincts sont à votre disposition, selon le nombre de créanciers impliqués et le degré de formalisme souhaité.


Les trois types de mesures amiables

La médiation

La médiation est facilitée par un praticien de l’insolvabilité désigné par la chambre des entreprises en difficulté du tribunal de l’entreprise, sur requête confidentielle.

Le praticien n’est ni un mandataire de justice, ni un curateur. Son rôle est de faciliter le dialogue entre votre entreprise et ses créanciers, de proposer des solutions de compromis et d’aider à débloquer des négociations dans l’impasse.

Pendant la médiation :

  • Aucune publicité n’est faite : les créanciers non concernés ne savent rien
  • Aucun sursis (moratoire) automatique n’est accordé: les créanciers conservent leur droit de poursuivre et d’exécuter
  • La démarche reste entièrement discrète vis-à-vis des tiers

La médiation convient particulièrement aux situations précoces lorsque le dialogue direct n’a pas abouti mais que la situation n’est pas encore critique.


L’accord amiable

L’accord amiable est une convention conclue entre votre entreprise et à un ou plusieurs créanciers, portant sur le réaménagement de leurs créances : rééchelonnement, remise partielle, conversion de dettes.

Il se distingue de la simple négociation commerciale par la possibilité de demander son homologation judiciaire. Cette homologation lui confère une force exécutoire et le protège contre certains risques en cas de faillite ultérieure.

Caractéristiques essentielles :

  • Confidentialité totale, même lorsque l’accord est homologué
  • Liberté contractuelle étendue : les parties définissent librement les modalités
  • Minimum deux créanciers concernés (un seul ne suffit pas pour l’homologation)
  • Les créanciers non parties à l’accord ne sont pas affectés

L’accord amiable est particulièrement adapté lorsque les difficultés se concentrent sur quelques créanciers identifiés — un bailleur, une banque, un fournisseur stratégique — et que les autres relations commerciales restent saines.


L’accord collectif

L’accord collectif implique un plus grand nombre de créanciers, organisés en classes selon la nature de leurs créances. C’est la mesure amiable la plus proche d’une PRJ en termes de structuration, tout en restant confidentielle.

Ses caractéristiques principales :

  • Négociation avec plusieurs créanciers répartis en classes
  • Durée d’exécution maximale de 5 ans à compter de l’homologation
  • Homologation par le tribunal de l’entreprise requise pour l’opposabilité
  • Confidentialité maintenue malgré le caractère collectif de la démarche

L’accord collectif est recommandé lorsque la restructuration nécessite d’impliquer l’ensemble des créanciers principaux, sans pour autant recourir à la publicité d’une PRJ publique.


Les avantages des mesures amiables

  • Confidentialité absolue : aucune publication, aucune information publique accessible aux tiers
  • Flexibilité : les modalités de l’accord sont définies librement par les parties
  • Rapidité relative : pas d’audience de vote publique, pas de plan à soumettre à l’ensemble des créanciers
  • Préservation des relations commerciales : vos autres fournisseurs et clients ne sont pas alertés
  • Antériorité : intervenir tôt, avant la crise, ouvre plus d’options

Les limites à connaître

Les mesures amiables ne conviennent pas à toutes les situations. Il importe d’en connaître les contraintes avant de s’engager dans cette voie.

L’absence de suris (moratoire) général est la limite principale. Vos créanciers non impliqués dans la négociation conservent intégralement leur droit de poursuivre votre entreprise. Une saisie peut survenir en parallèle des négociations (contrairement à la PRJ publique qui les suspend – sauf exceptions).

Par ailleurs :

  • Le succès dépend du bon vouloir des créanciers : aucun mécanisme ne les contraint à accepter
  • Si un créancier refuse de négocier, vous ne pouvez pas lui imposer un accord
  • En cas d’échec, il faudra recourir à une procédure plus formelle (PRJ privée ou publique)

Ces limites ne signifient pas que les mesures amiables sont insuffisantes. Cela signifie qu’elles ne sont pas adaptées à toutes les situations. Évaluer correctement votre situation avant de choisir est précisément le rôle de votre avocat.


Comment se déroule la procédure ?

  1. Analyse de la situation financière avec votre avocat : identification des créanciers à impliquer, évaluation de la viabilité d’un accord, choix du mécanisme (médiation, accord amiable ou collectif)
  2. Dépôt d’une requête confidentielle au greffe du tribunal de l’entreprise
  3. Désignation du praticien de l’insolvabilité par la chambre des entreprises en difficulté (pour la médiation) ou formalisation directe entre parties (pour les accords)
  4. Négociation avec les créanciers identifiés : proposition de réaménagement, contre-propositions, recherche d’un équilibre acceptable
  5. Conclusion de l’accord: avec ou sans homologation judiciaire selon les besoins

La durée de la procédure est variable : de quelques semaines pour un accord amiable simple à plusieurs mois pour un accord collectif complexe.


Questions fréquentes

Un accord amiable homologué est-il opposable à tous mes créanciers ?
Non. L’homologation renforce l’opposabilité de l’accord aux parties qui l’ont conclu, mais elle ne lie pas les créanciers non parties. C’est une distinction fondamentale avec le plan de réorganisation d’une PRJ publique, qui s’impose à tous une fois adopté.

Que se passe-t-il si un créancier refuse de négocier ?
Les mesures amiables reposent sur le principe du volontariat. Un créancier récalcitrant ne peut pas être contraint à accepter. Si son refus bloque la restructuration, il faudra envisager une PRJ privée (si la confidentialité reste prioritaire) ou une PRJ publique (si un moratoire est nécessaire).

Combien de temps durent les négociations dans le cadre d’un accord amiable ?
Il n’existe pas de délai légal imposé. La durée dépend du nombre de créanciers impliqués, de la complexité des créances et de la bonne volonté des parties. En pratique, comptez de 4 à 9semaines pour un accord amiable avec un nombre limité de créanciers.

Les mesures amiables protègent-elles contre une procédure de faillite initiée par un créancier ?
Non directement. Pendant les négociations amiables, un créancier non impliqué peut introduire une citation en faillite. C’est une limite importante que l’urgence de la situation peut rendre rédhibitoire. Dans ce cas, la PRJ publique avec son moratoire est à privilégier.

Peut-on combiner mesures amiables et PRJ privée ?
Oui. Il est tout à fait possible d’entamer des négociations amiables puis, si elles s’avèrent insuffisantes, de basculer vers une PRJ privée pour formaliser davantage la restructuration.


Ces procédures peuvent ne pas suffire

Si les mesures amiables ne permettent pas de stabiliser votre situation — parce que les créanciers refusent de négocier ou parce que des poursuites sont déjà engagées — d’autres options s’offrent à vous :


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